Hypnothérapie

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Paris


Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.


« VIENS, J’T’EMMÈNE AU VENT… ».
LILIANA FODOREAN ET CATHERINE GENTRIC.



Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Embarquons dans ce voyage du questionnement dans l’hypnose de l’acceptation. Nous avons déjà été équipières : la mer, le golfe de Gascogne, l’Espagne au loin, le voilier, les manoeuvres, l’espoir commun d’arriver à bon port... Avec des vignettes cliniques pour illustrer l’importance de l’acceptation des ressentis émotionnels pour se réassocier et voguer vers la liberté.

« Le curieux paradoxe, c’est que lorsque je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. » Carl Rogers

La pensée d’Alain Vallée était orientée vers la vie, comme tout bon marin il allait chercher le vent, pour avancer. Son idée en thérapie était de mobiliser le vivant. Il affûtait ses questions pour accueillir l’autre en être humain et non comme un sujet malade réduit à ses symptômes. Construire une relation sécure, être sensible aux résonances de la plainte sur le ressenti du thérapeute qu’il était, tout comme il était sensible aux bruits du vent dans la voile, à son allure pour l’ajuster.

Le questionnement dans l’hypnose de l’acceptation permet-il le changement, la mise en marche ? Abordons dès maintenant le processus de ces questions : elles nous permettront d’avoir accès vite, très vite, au monde du patient, à ses peurs, à ses inhibitions, mais aussi au moindre frémissement qui pourrait donner accès au changement. Toutefois si l’état d’absorption est proposé alors que la nécessité de changer n’est pas établie, que l’objectif n’est pas défini, que le thérapeute n’a pas montré qu’il soutenait la position du patient, le résultat risque d’être modeste. Le questionnement invite le thérapeute et le patient à naviguer ensemble mais sur quelles mers ? Quelle sensation, maintenant, à l’intérieur ? « Tout ce qui se présente à nos sens est parfait, achevé », écrivait Spinoza. Je n’ai aucun pouvoir sur le fonctionnement naturel du corps dans lequel je vis, je suis donc contraint de l’accepter.

Pour Alain Vallée, il était essentiel de présenter une vision pragmatique et cohérente donnant toute sa place à l’intelligence du corps et à une sagesse de la vie et à celle du laisser s’écouler la sensation de l’émotion : pratique minimaliste, nommée « méditation corporelle » ou encore « hypnose de l’acceptation » ou « laisser vivre ». Il est question de questions, alors questionnons-nous !

- Catherine : « Liliana, cette expérience de minimalisme, comment la raconterais-tu maintenant ?

- Liliana : Une des questions centrales dans l’hypnose de l’acceptation est : “ça se passe où, maintenant à l’intérieur ?” Cela met d’emblée le corps au centre de la relation thérapeutique et quoi de mieux que ces sensations pour induire une transe d’hypnose ? » Afin de créer la nécessité du changement, Alain Vallée demandait : « Imaginez que votre problème se poursuit et se renforce à chaque fois, qu’allez-vous devenir ? » Il ne s’agit pas de bousculer le patient mais de verbaliser le fantasme existant dans son imaginaire (la flèche du pire) : « Si cela se poursuit, quelle est la pire chose qui peut vous arriver ? » Autre exemple : « Quand vous voyez cette personne que vous allez devenir (enfermée seule chez elle, une poubelle de la société) là, dans ma main, comme sur un écran, qu’est-ce que ça fait maintenant à l’intérieur ? ». Ou encore : « Et sur une échelle de 1 à 10, l’intensité de cette sensation est à combien maintenant ? » La tension est maximale, la nécessité de changer est une évidence ! L’alliance est renforcée par la création d’un mandat : « Est-ce que je peux comprendre qu’une fois cette sensation désagréable apaisée ce sera, dans un premier temps, un grand pas pour vous ? Sans oublier ce qui vous amène, bien sûr. » Ou : « Est-ce que le problème serait le même s’il n’y avait pas cette sensation ? » L’objectif de la séance est maintenant de tenir compte de cette sensation désagréable contre laquelle nous avons tendance à lutter. Une patiente adressée par le médecin de la consultation douleur pour un syndrome d’intestin irritable. Son mari s’est pendu dans un contexte d’échec professionnel et d’alcoolisme.

Première consultation
- Patiente : « Je me sens coupable.
- Thérapeute : C’est où dans le corps, maintenant ?
- P. : Dans la poitrine comme un poignard.
- Th. : Pouvez-vous l’observer comme un objet curieux sans tenter de vous en débarrasser ? En toute sécurité comme si une partie de vous est à côté et observe...

Puis l’accompagnement hypnotique...
- Th. : Quelle sensation, maintenant à l’intérieur ?... » Sans verbe pour rester dans l’absorption et supprimer toute velléité inconsciente d’intervenir. Progressivement le poignard change de forme, de poids, de température, se déplace au niveau de la tête et des épaules, c’est un peu plus facile, plus léger.

Séance suivante.
La patiente décrit avec surprise la nette diminution du sentiment de culpabilité, mais il reste l’image traumatique de l’avoir trouvé dans le garage. C’est alors que je propose l’EMDR qui permet de transformer la pensée traumatique : « est-ce de ma faute ? » en « je n’y peux rien, c’est le destin ».

Troisième et dernier entretien.
Elle va mieux, les cauchemars ont disparu et les douleurs d’intestin irritable ont nettement diminué. Cette prise en charge « minimaliste » permet de réparer aussi ce qui traverse le temps, l’émotion cristallisée dans le passé et projetée dans l’avenir. Autre patiente pour laquelle l’hypnose de l’acceptation a permis la résolution de sa plainte en trois séances. Devant le groupe ou face à l’autorité (sa directrice), elle perd tous ses moyens : un état de figement s’installe, comme une paralysie mentale allant jusqu’à l’incapacité de parler. Elle a une histoire de père autoritaire et des conflits avec ses soeurs.

- Th. : « Quand vous évoquez cette situation, c’est où maintenant dans le corps ?
- P. : Ici dans la poitrine.
- Th. : Combien sur une échelle de 0 à 10 ?
- P. : 8. - Th. : Si on arrivait déjà à calmer cette sensation, est-ce que cela serait plus facile pour vous ?
Lors de l’entretien suivant, elle décrit une situation concrète avec la directrice. En reprenant le questionnement de l’hypnose de l’acceptation, avec lequel elle est maintenant familiarisée, et après avoir obtenu l’équilibre, nous allons faire un pont avec toutes les situations de rejets vécues dans sa vie passée et future.
- Th. : « Pendant que votre attention reste en contact avec cette sensation d’apaisement dans la poitrine, pourriez-vous faire venir le film de chaque moment de rejet ressenti dans le passé, qu’il y ait un lien avec le problème ou non ? Si une agitation arrive, contentez-vous de l’observer respectueusement, de laisser vivre, comme vous savez déjà le faire...
- Th. : Laissez venir maintenant la remémoration de chaque peur et tout ce qui pourrait se produire dans votre futur, en lien avec le problème ou pas. » Au dernier entretien elle raconte comment elle a défendu sa place auprès de la directrice, et nous avons ancré en hypnose la sensation d’apaisement. Une patiente souffrant d’acouphène et d’hyperacousie (la prise en charge stagne). Elle décrit une peur panique de son prochain rendez-vous chez le dentiste car les bruits seront insupportables, elle craint de lourdes conséquences (majoration des acouphènes pendant des mois). En hypnose elle voit la salle d’attente du dentiste.
- Th. : « Quelle sensation à l’intérieur, maintenant ?
- P. : Une boule qui serre la gorge. » Nous l’observons tranquillement jusqu’à sa disparition. Une autre boule de calme se présente à l’intérieur de laquelle elle s’installe pour observer la séance de soin dentaire. Cette expérience de compétence lui a permis de changer de position face à la souffrance produite par les acouphènes et de sortir de la plainte.

- Liliana : « Catherine, comment le questionnement de l’hypnose de l’acceptation peut-il être utile pour créer la sécurité ? En quoi l’évaluation de cette sécurité dans la relation thérapeutique te semble-t-elle nécessaire ?

- Catherine : Nous embarquons ensemble. La sécurité vaut pour le patient et aussi pour le soignant (le gilet de sauvetage). Tout comme nous ne sommes pas prêts à prendre la mer avec n’importe qui, le patient a, de mon point de vue, besoin de savoir à qui il a affaire et le thérapeute également. À la première rencontre, ma question est simple : “êtes-vous d’accord pour que nous fassions connaissance ?” Je décris alors mon parcours professionnel. Beaucoup de personnes qui viennent nous voir ont un passé de troubles de l’attachement, de carences, de troubles dissociatifs, conséquences d’accidents de vie, elles peuvent être des handicapées de la relation, il suffit quelquefois d’une seule rencontre de type hypnotique pour introjecter un lien de sécurité ou plusieurs. Il peut arriver que l’autonomie ne soit jamais obtenue, nous dit Alain Vallée : “Toute intervention, par exemple de mise en protection, ne peut avoir d’autres visées que de changer les possibles de l’avenir, jamais l’actuel ne se conjugue avec le passé.” »

Nous mettons les voiles ! Mais nous sommes contraints de tenir compte de la météo. Skipper et équipier vont essayer de trouver l’harmonie pour que cela avance, sceller l’alliance thérapeutique, cette sécurité. Cette alliance va passer par les questions adaptées pour obtenir une description de la situation, cette description comprend la ratification puis la mise en tension, la nécessité de changement, l’objectif et le mandat, comme tu viens de le décrire. Swami Prajnanpad exprime que si l’émotion diminue l’homme, le sentiment l’augmente. Le sentiment s’accompagne de la conscience d’agentivité (le sentiment d’être à la hauteur de ses propres actions), elle correspond à la perception de soi comme source de l’initiative, comme acteur du monde et non comme simples spectateurs des événements.


Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....


Dr LILIANA FODOREAN
Médecin hypnothérapeute. Enseignante en hypnose médicale à ARePTA-Institut Milton Erichson Nantes, au diplôme universitaire hypnose thérapeutique de la Faculté de Nantes.


CATHERINE GENTRIC

Infirmière au CHU de Nantes (service psychiatrie, pédopsychiatrie, urgences), puis psychologue clinicienne. Formée à l’ARePTA en hypnose thérapeutique, thérapies brèves, ainsi que thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives. Certifiée EMDR (formation avec David Servan-Schreiber). A exercé au CHU de Nantes, aux urgences médico-légales. En activité libérale à Pornic (Loire-Atlantique) actuellement.

Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques.




Rédigé le 31/05/2026 à 00:01 | Lu 5 fois | 0 commentaire(s) modifié le 31/05/2026





Laurent GROSS
- Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR - IMO au CHTIP Collège Hypnose Thérapies... En savoir plus sur cet auteur

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