Hypnothérapie

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L’hypnose dans la dépression du sujet âgé


Longtemps l’hypnose thérapeutique n’était pas proposée aux patients âgés...



Marie Floccia, Sophie Lagouarde et Magali Le Rudulier


Et ce d’autant plus qu’ils étaient « gériatriques », soit polypathologiques, polymédiqués, en perte d’autonomie ou pouvant avoir des troubles neurocognitifs majeurs type maladie d’Alzheimer. Mais depuis quelques années, la pratique quotidienne de l’hypnose par les soignants auprès des patients âgés se développe et nous prouve qu’elle s’avère être un outil extrêmement utile dans de nombreuses indications, dont les situations souvent complexes rencontrées en gériatrie. Tout en limitant l’escalade thérapeutique, elle permet une approche globale empreinte d’humanité et de bienveillance et apparaît comme une évidente continuité, voire nécessité, à la prise en charge gériatrique. Si l’indication princeps reste l’analgésie, qu’en est-il de son utilisation dans les symptômes dépressifs ? La prévalence de la dépression varie entre 3,1 % chez des personnes de 73 ans en moyenne non institutionnalisées, à 36 % pour les résidents en EHPAD. Elle est très présente dans la maladie d’Alzheimer, de 53 % en début de maladie à 76 % au stade modéré. Le diagnostic est posé en référence aux classifications telles que le DSM V et la CIM 10, mais « ces classifications consensuelles ne sont pas complètement adaptées aux spécificités cliniques de la dépression du sujet âgé ». Dans la population âgée, il convient de différencier la dépression de survenue tardive qui correspond au premier épisode dépressif, de la dépression qui s’inscrit déjà dans une évolution de trouble de l’humeur de l’adulte. Les dépressions tardives sont les plus fréquemment rencontrées, elles sont à mettre en lien avec des facteurs médicaux, environnementaux et sociaux qui peuvent avoir un rôle déclenchant ou aggravant : maladie somatique, douleurs, perte d’autonomie, entrée en institution ou encore deuils répétés… Bien souvent, « le vécu dépressif du sujet âgé est parfois banalisé, mis sur le compte de la vieillesse : à cette période de vie, ressentir de la tristesse, perdre le goût d’entreprendre, se replier sur soi, se plaindre du déclin de ses fonctions intellectuelles, apparaissent à certains comme un processus physiologique (…), certains déprimés ne demandent aucune aide médicale » (Lôo H., 2000).

Dans la population plus spécifiquement gériatrique, la dépression est marquée par certaines spécificités cliniques : les affects dépressifs sont moins souvent exprimés spontanément, une incapacité à trouver une vie agréable et une perte d’intérêt pour les activités antérieures sont fréquentes, de même que les plaintes et les manifestations somatiques. Des modifications comportementales telles que des refus alimentaires, des refus de soins, des comportements opposants ou agressifs, doivent alerter le clinicien au même titre qu’une asthénie, des troubles du sommeil ou une modification de l’appétit et du poids. De plus, les troubles cognitifs sont fréquemment observés dans les dépressions du sujet âgé et peuvent ainsi renvoyer à tort à une problématique démentielle.

La diminution des capacités d’abstraction et l’apparition de troubles attentionnels dans le grand âge peuvent être perçues comme des obstacles à l’hypnose, et ce d’autant plus qu’il existe des troubles neurocognitifs majeurs type maladie d’Alzheimer ou des effets secondaires médicamenteux. Peu d’études cliniques se sont intéressées à la population âgée, elles ont eu de bons résultats en ce qui concerne les douleurs mais elles ont d’emblée exclu les patients ayant des troubles neurocognitifs. Ainsi, en 2015, Ardigo S. et al. retrouvaient une supériorité de l’hypnose versus massage sur la dépression (p=0,049) et les douleurs chroniques chez 53 patients de 80,6 ans hospitalisés, mais aucun des patients étudiés n’avait de pathologie neurocognitive. Enfin, en 2016, une étude montrait qu’une atrophie du cortex préfrontal dans un processus de vieillissement usuel rendait les patients âgés plus suggestibles à l’hypnose (Parris B., 2016). Et c’est effectivement ce que nous enseigne le quotidien des soignants en gériatrie. Chez le patient n’ayant pas d’atteinte neurocognitive ou une atteinte mineure, l’hypnose a quelques particularités : la fermeture des yeux n’est pas forcément à rechercher, un accès à la parole est fréquent, les déficits sensoriels nécessitent un ajustement. En s’appuyant sur la notion de pic de réminiscence de la mémoire qui existe pour la période de vie se situant entre l’âge de 10 ans et de 30 ans, puis sur un second pic concernant l’année qui vient de s’écouler, la « safe place » ou un souvenir de fierté peuvent être à rechercher dans un passé très ancien ou au contraire très récent (Rubin D.C., 1997). Plus les troubles neurocognitifs évoluent, plus l’hypnose va se faire en lien avec l’environnement extérieur et fera de moins en moins appel aux images internes : l’induction se fera par une augmentation du recrutement sensoriel avec des stimuli réels (des odeurs, un objet dans la main, du mouvement…), les ancrages seront extériorisés, permettant aux aidants de les proposer et d’initier ainsi une auto-hypnose chez le patient : mettre une musique, sentir une odeur…

Puis les troubles neurocognitifs devenant sévères, on parlera alors plus d’HAPNeSS (Hypnose adaptée aux personnes ayant un trouble neurocognitif au stade sévère) qui est un entre-deux entre l’état hypnotique et l’hypnose conversationnelle. L’HAPNeSS s’appuie sur les bases de l’hypnose ericksonienne : observation, utilisation, adaptation et confiance en les possibilités des patients à accéder à leurs ressources internes. Durant ce temps d’échange de quelques minutes s’adaptant à la temporalité du patient et à sa réalité, de nombreuses techniques d’hypnose vont être proposées simultanément. La relation redevient alors riche et constructive permettant au patient d’accéder à ses propres ressources, encore présentes. L’HAPNeSS donne également aux aidants une pratique qu’ils peuvent utiliser en autonomie pour apaiser au plus vite des situations complexes tout en réinvestissant des relations parfois difficiles. Utilisant l’hypnose quotidiennement en gériatrie dans diverses indications dont la dépression, chacune dans son domaine de compétences, nous vous proposons trois situations cliniques bien différentes mais reflétant la diversité de la dépression en gériatrie. Une dépression... dans un contexte médical complexe Vers une remise en mouvement Avec la psychologue en hospitalisation Madame G., âgée de 84 ans, est accueillie en service de soins de suite et rééducation pour une réautonomisation suite à une intervention chirurgicale abdominale complexe dans un contexte polypathologique. Elle présente une symptomatologie dépressive avec une tristesse de l’humeur, une asthénie marquée, des ruminations psychiques, une perte d’élan et d’appétit. Elle n’a pas de troubles neurocognitifs. Dans un suivi psychothérapeutique, MmeG. se livre sur son parcours de vie fait de pertes et de deuils successifs. Il s’agit, en hypnose conversationnelle, d’instaurer une relation de confiance, en mirroring, reformulant et ratifiant. Au fil des entretiens, l’alliance thérapeutique est instaurée et l’indication d’une séance d’hypnose est apparue comme une évidence. La première séance est centrée sur la recherche d’une « safe place » afin d’expérimenter un apaisement par le biais d’une transe de confort et de sécurité. Après une induction par une spirale sensorielle (canaux prépondérants visuels et kinesthésiques), Mme G. part dans sa « safe » place dans la Creuse : « J’y suis allée avec mon mari, on n’était pas encore mariés, on est monté jusqu’au lac à moto, la route n’était pas large… » A la suite de la séance, Mme G. raconte : « Je revois ce pont, ce pont de pierres… et puis ces grands arbres qui dépassaient de la forêt et ces routes. Je me sens libérée de mon enveloppe… j’étais debout appuyée contre le pont. » Les jours suivants, les soignants constatent un apaisement. Les séances d’hypnose programmées sont différées compte tenu d’une hospitalisation en médecine aiguë. A son retour dans le service, Mme G. exprime un désir de mort. Elle évoque le bien-être éprouvé à la suite de la première séance.

Pour les séances suivantes, l’hypnopraticienne va donc utiliser le pont de pierre pour sa robustesse, les grands arbres ancrés au sol, solides et souples à la fois, afin de puiser dans des ressources internes embrumées. La reprise de la mobilité est suggérée lors des séances : « Et peut-être éprouvezvous l’envie de rejoindre ce pont à votre rythme… » Au fil des séances, l’hypnopraticienne constate un mieux-être, la tonalité dépressive est moins prégnante avec une absence de désir de mort. Mme G. exprime même le souhait de se promener dans le parc avec son fauteuil roulant en compagnie de l’hypnopraticienne. Cette remise en mouvement, ce souffle de désir, l’hypnopraticienne l’a accompagné et soutenu. La sortie du service se profilant, l’équipe a passé le relais. Les nouvelles du domicile sont rassurantes sur le plan médical et psychique. Mme G. et l’hypnopraticienne ont parcouru ensemble ce chemin, telle une marche sinueuse, semée d’obstacles, avec des éclaircies de plus en plus régulières et prolongées. L’approche thérapeutique que l’hypnopraticienne souhaitait proposer était complexe puisque Mme G. se trouvait enfermée dans une transe négative, « l’usage de l’hypnose thérapeutique dans le traitement de la dépression doit permettre au patient d’expérimenter une nouvelle forme de transe dynamique, malléable et adaptative qui puisse progressivement supplanter la transe pathologique qui caractérise son état » (4). Ainsi les transes proposées ont permis à Mme G. d’expérimenter un apaisement des souffrances psychiques mais également d’initier le mouvement par la marche et de retrouver des notions de plaisir. Il s’agissait d’activer et d’amplifier ses ressources internes méconnues. Aide aux aidants Les ailes brûlées Avec la psychologue en consultation Accompagner un conjoint âgé en situation de dépendance physique et psychique bouleverse la vie de couple et impacte la santé de celui qui aide. Les symptômes dépressifs dominent bien souvent le profil clinique de ces aidants.

« On ne naît pas aidant, on le devient, sans avoir été préparé à ce rôle et sans avoir pu en faire le choix » (Fior S., 2001). er en institution.


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Dr MARIE FLOCCIA Médecin gériatre et algologue, elle pratique l’hypnose en gériatrie depuis 2010. Auteure de l’ouvrage Hypnose en pratiques gériatriques (Dunod, 2018).

SOPHIE LAGOUARDE Psychologue sur le centre mémoire. Elle pratique de l’hypnothérapie auprès de patients et familles dans le cadre des accompagnements psychothérapiques.

MAGALI LE RUDULIER Psychologue. Diplômée du DIU Hypnose médicale clinique et thérapeutique de l’université de Bordeaux 2. Toutes les trois exercent au sein du pôle de Gérontologie clinique du CHU de Bordeaux.

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Cet ouvrage de 228 pages analyse la dépression et les traitements de cette maladie qui frappe à un moment ou à un autre, selon l’OMS, 15% de la population mondiale de 15 à 75 ans. Les dix neufs auteurs qui contribuent à ce hors-série témoignent chacun à sa manière d’un savoir-faire en matière de prise en charge des patients déprimés. Loin des thérapies standardisées et de l’utilisation des psychotropes, ils montrent la singularité de chaque séance et invitent le lecteur à s’étonner, réfléchir et expérimenter pour sa propre pratique. Catherine Leloutre-Guibert a coordonné ce hors-série avec Sophie Cohen, rédactrice en chef.

Sommaire :

- Douleur chronique et dépression. D. Le Breton

- La dépression : un trouble attentionnel ? J.-M. Benhaiem

- La grossesse, le devenir parent. H. Saulnier

- Attitudes paradoxales. V. Torres-Lacaze et G. Delannoy

- Plutôt que la drogue. D. Roberts

- Naître dans la dépression maternelle. E. Bardot

- Le deuil au pays de l’individualisme. J. Betbèze

- L’hypnose dans la dépression du sujet âgé. M. Floccia, S. Lagouarde et M. Le Rudulier

- Un exemple de la thérapie stratégique. D. Vergriete

- Le médecin généraliste face à un patient dépressif. P. Le Grand

- Trois questions pour créer des petits bonheurs. M.-C. Cabié

- L’hypnose pour reprendre vie. C. Leloutre-Guibert

- Mémoire du futur. M. Nannini

- Stratégies thérapeutiques dans la dépression. W. Martineau

- Dermatoses chroniques. V. Bonnet

- Antidépresseurs, un long sevrage. C. Virot


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Rédigé le 19/04/2021 à 23:22 | Lu 280 fois | 0 commentaire(s) modifié le 23/04/2021





Laurent GROSS
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR - IMO au Collège d'Hypnose et Thérapies... En savoir plus sur cet auteur

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