Le questionnement en thérapie du lien et des mondes relationnels. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.




DE L’ART DE QUESTIONNER À LA TRANSFORMATION DES MONDES TRAUMATIQUES.
Dr Eric BARDOT

«Une éthique de la rencontre ». C’est ainsi qu’est défini le questionnement en TLMR par l’auteur. Et d’illustrer son propos à travers le cas d’une patiente saisie d’une peur irrépressible en voiture. Commence alors cette rencontre tissée à deux, patient et thérapeute, au fil du questionnement, cette « danse subtile entre deux êtres» où vécu, confiance, métaphore, présence partagée, ouverture au possible, composent la partition.

INTRODUCTION
Le questionnement comme geste fondateur.

Dans le champ des psychothérapies, le questionnement est rarement pensé dans sa spécificité épistémologique et dans sa portée transformatrice. La plupart des approches le considèrent comme un moyen de recueillir des informations. Cette conception instrumentale méconnaît sa nature profondément relationnelle et sa capacité à créer les conditions mêmes de la transformation thérapeutique. Nous proposons une tout autre vision. Questionner n’est jamais un acte neutre visant à extraire de l’information. C’est toujours déjà une intervention qui modifie l’espace de la rencontre, qui ouvre ou ferme des possibles. Ce que le thérapeute choisit de questionner à un instant précis n’est pas un détail technique – c’est déjà une intervention qui oriente le processus tout entier.


1. QUESTIONNER COMME INTERVENTION DE CONTEXTE

1.1. Au-delà de la collecte d’information
L’approche classique repose sur une épistémologie représentationnaliste : le thérapeute questionne pour reconstituer fidèlement la réalité psychique du patient. Nous nous inscrivons dans une tout autre perspective. Questionner, c’est toujours déjà intervenir. Chaque question modifie le système qu’elle prétend observer. Le thérapeute n’est pas un observateur extérieur mais un participant engagé dans un processus de co-construction. Y., soignante, consulte pour une peur en voiture. Elle dit : « Mon amie m’a dit que vous pourriez m’aider. » Le thérapeute questionne : « Qu’est-ce qui vous a amenée à faire confiance dans ce qu’elle vous a dit ? » Cette question n’est pas une demande d’information sur l’amie. Elle crée un espace triangulaire – Y., le thérapeute, l’amie – et rend présente dans la séance la relation de confiance avec cette amie, qui devient une ressource pour le bon déroulement de la séance. Le questionnement a déjà transformé la configuration relationnelle.

1.2. Tenir les berges du processus
Toute intervention est conceptualisée comme une intervention de contexte : elle n’agit pas sur le contenu mais sur les conditions d’émergence du contenu. La métaphore est celle de la rivière : le processus thérapeutique est un cours d’eau qui trouve son chemin propre. Le thérapeute tient les berges – maintenir le cadre qui permet au processus de se déployer – et lève les obstacles à ce que le flux se déploie. Le questionnement vise à permettre au patient de réorganiser son vécu perceptif, non à révéler une vérité cachée. Le thérapeute n’est pas celui qui sait mais celui qui maintient les conditions du processus. Cette posture de non-savoir dans le savoir caractérise la pratique du questionnement en TLMR.

1.3. Du dévoilement à la révélation
Nous distinguons dévoilement et révélation. Le dévoilement – mise à nu du matériel traumatique sans enveloppement relationnel – peut être retraumatisant. La révélation est un dévoilement dans l’enveloppement : elle advient dans un contexte relationnel sécure qui la transforme en recadrage. Cette distinction est enseignée en formation, mais en séance elle est agie plutôt que dite. Le thérapeute incarne la différence par sa qualité de présence et sa manière de questionner.

2. SYNCHRONISATION ET ACCORDAGE : LE SOCLE DU QUESTIONNEMENT

2.1. La synchronisation comme condition préalable
La synchronisation – ajustement mutuel des rythmes biologiques, corporels et relationnels – crée un espace-temps partagé, condition sine qua non d’un questionnement qui porte. Les études d’« hyperscanning » confirment cette intuition clinique : la synchronisation intercérébrale entre thérapeute et patient est corrélée à l’efficacité thérapeutique. En pratique, le thérapeute ne commence pas à questionner de manière significative avant qu’une certaine qualité de présence partagée ne soit établie. Un questionnement prématuré risquerait d’activer les défenses et de reproduire des réponses du monde traumatique.

2.2. La reformulation comme outil d’accordage
Pour nous, la reformulation n’est pas une répétition en miroir. Elle opère à trois niveaux simultanés : elle valide le vécu du patient, elle construit le « nous » thérapeutique, et elle prépare le questionnement à venir.
Y. dit : « J’ai peur en voiture quand quelqu’un d’autre conduit et que je dois faire un long trajet. » Le thérapeute reformule : « Si je comprends bien, vous êtes en voiture, il y a quelqu’un d’autre que vous qui conduit, et en même temps vous savez que vous devez faire un long trajet. C’est bien ça ? » Cette reformulation ne répète pas – elle spatialise la scène, la rend observable. Le thérapeute commence à visualiser dans l’espace entre eux la voiture qui roule, Y. devant, à côté du conducteur. La reformulation a préparé le questionnement suivant.

2.3. La transe d’observation partagée

Ce questionnement s’inscrit dans ce que nous appelons la transe d’observation partagée – état de conscience modifié léger, partagé, caractérisé par une focalisation attentionnelle commune. Pendant qu’une partie de moi observe le maintenant, une autre partie agit la mise en forme de la problématique. Les questions justes semblent alors se poser d’elles-mêmes, au bon moment, dans la bonne forme. Le mouvement du questionnement va du passé ou du futur vers l’ici et maintenant. En prenant appui sur les réponses, le thérapeute va à la fois observer et à la fois visualiser, ressentir, se mettre à la place du patient dans le contexte dans lequel se déroule la problématique.

3. Le tableau de bord : quatre paramètres fondamentaux

Le questionnement se guide selon quatre paramètres constamment évalués au fil de la séance.

- Le premier – attachement et confiance dans la relation – évalue la sécurité relationnelle. Sans elle, le questionnement réactive les patterns d’insécurité du monde traumatique. Avec Y., la confiance est construite indirectement via l’amie qui a consulté avant elle.

- Le deuxième – engagement et confiance dans le processus – concerne la croyance du patient que ce qu’il fait avec le thérapeute peut l’aider. A chaque étape, le thérapeute vérifie : « Là où nous en sommes maintenant, est-ce acceptable pour vous que nous allions un peu plus loin ? »

- Le troisième – l’objectif au plus près du processus – évalue si l’objectif est au bon niveau de proximité : ni trop lointain ni submergé par l’affect. La métaphore de l’horizon est utile : l’objectif n’est pas une cible fixe mais une direction de mouvement.

- Le quatrième – la capacité à vivre une expérience nouvelle en pleine présence – évalue l’ouverture au possible. Sans elle, le patient reste enfermé dans la répétition traumatique.

4. LE QUESTIONNEMENT EXTERNALISANT : DE LA PLAINTE FIGÉE À LA FORME MÉTAPHORIQUE PARTAGÉE



Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....


Dr Eric BARDOT

Psychiatre, pédopsychiatre, psychothérapeute, installé en libéral. Il est le concepteur de la Thérapie du lien et des mondes relationnels (TLMR) et du Dessin orienté solution. Directeur et formateur à l’Institut de formation Mimethys. Formateur au DU d’hypnose à la Faculté de médecine de Nantes.

Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.




Rédigé le 31/05/2026 à 00:27 | Lu 7 fois | 0 commentaire(s) modifié le 31/05/2026




- Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR - IMO au CHTIP Collège Hypnose Thérapies… En savoir plus sur cet auteur
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