Hypnothérapie

Hypnose Ericksonienne, Médicale et Thérapeutique. Thérapies Brèves, EMDR. Formations en Hypnose, trouvez un Praticien, Thérapeute des Instituts Milton Erickson à Paris, Marseille

Laurent GROSS, Hypnothérapeute, EMDR, IMO, Thérapies Brèves Orientées Solution à Paris 11

Florent HAMON, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR à Paris.

Laurence ADJADJ, Hypnothérapeute, EMDR - IMO, Thérapies Brèves Orientées Solution à Marseille

Valérie TOUATI-GROSS, Hypnose Thérapeutique, EMDR - IMO, Thérapies Brèves et Ostéopathie à Paris 11 et 12

Dr Philippe AÏM, Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapies Brèves Orientées Solution. Paris

Mariline MORCILLO, Hypnothérapeute et Infirmière sur Marseille et Paris

Théo CHAUMEIL, Kinésithérapeute et Praticien en Hypnose. Chargé de Formation à Paris et Marseille

Sophie TOURNOUËR, Hypnothérapeute, Psychologue clinicienne et Thérapeute Familiale

Réification en thérapie: une douleur palpable. Dr Claude VIROT


Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3



Monsieur R. est un homme de 40 ans. Il souffre d’une douleur dans la mandibule et le cou depuis douze ans. Il a suivi un long parcours thérapeutique médicamenteux et psychothérapeutique malheureusement inefficace.

« C’est comme une traction terrible entre la mâchoire, sous l’oreille et la clavicule. A chaque fois que je veux ouvrir la bouche, c’est pire. C’est en longueur, quelque chose de dur comme du métal, de fin, de froid. On dirait une ficelle ou plutôt un câble. En acier, comme les câbles de frein sur les vélos. Les deux bouts du câble sont profondément enfoncés dans les structures osseuses. »

- « Combien de brins ? »

- « Douze. »

- « Comment ce câble peut-il être modifié ? »

-« En le coupant. »

-« Avez-vous une pince coupante ? »

- « Dans la caisse à outils. Je peux la prendre. »

- « Je vous propose d’en couper une partie aujourd’hui. » - « J’en coupe six. »

- « Très bien, allez-y... »

- « Où en êtes-vous ? »

- « J’en ai coupé trois. Je continue... Ça y est, j’en ai coupé six. »

- « Comment ressentez-vous les sensations dans le cou ? »

- « C’est bien mieux. »

Cet échange qui peut paraître surréaliste est au contraire ordinaire pour le praticien qui utilise la technique appelée réification avec les patients souffrant de douleurs chroniques. Même si nous verrons plus loin que l’usage en sera plus large, nous allons dans un premier temps nous situer dans le cadre des patients douloureux chroniques.

RÉIFICATION

Approche théorique

Réifier vient du latin « res », chose, et « facere », faire. En philosophie, la réification est la transformation en chose. Pour nous, réifier est transformer une sensation en une chose. Un objet dont les caractéristiques deviennent de plus en plus précises au fur et à mesure de la focalisation de l’attention sur cet objet, focalisation générée par l’existence préalable de la sensation et les questions du thérapeute. Il s’agit bien de s’occuper d’une sensation qui fait partie de l’univers habituel du patient, qu’il connaît, dont il souffre mais dont il ne parvient pas à se débarrasser. La connotation « chronique » se réfère à la durée - plus de six mois - et surtout à une notion de résistance du symptôme, avec différentes tentatives de traitement et des échecs.

Approche pratique
Comme souvent, ce principe n’est qu’une amplification d’un processus naturel que chacun connaît. « J’ai l’impression d’avoir un clou dans l’épaule, une boule dans la gorge, une barre dans le ventre... » C’est une de nos manières habituelles de décrire une sensation en se référant à une chose connue et partageable. La douleur, son type, son intensité sont particulièrement subjectifs. Si je dis : « J’ai très mal dans le dos », il est difficile pour l’interlocuteur de décoder cet énoncé, de se l’approprier pour comprendre ce qui vient d’être dit. « C’est comme si j’avais une pointe, comme une aiguille de couture, enfoncée à l’intérieur de l’épaule. Elle s’enfonce encore plus à chaque mouvement » est une manière beaucoup plus « objectivable » pour partager cette difficulté. Et partager un problème n’est-il pas déjà le diviser et le réduire ?

Mode digital versus mode analogique

A chaque fois que nous utilisons ce langage, « c’est comme si », nous passons en mode « imaginaire » ou analogique. Le mode scientifique habituel, que nous utilisons aussi dans le monde médical, est le mode « digital » qui s’appuie sur la raison, la description exacte, l’évaluation, la logique, l’analyse. La douleur est alors en relation avec la contraction symétrique et coordonnée des muscles sterno-cléido-mastoïdiens. « Elle est due à une activation excessive des afférences nerveuses motrices déclenchées par une inflammation de la loge interne de la thyroïde en rapport avec un excès de production de l’hormone produite par l’axe hypothalamo- hypophysaire... Je vous enlève la thyroïde et ce sera fini ! » Pour le patient, c’est du chinois, sauf la dernière phrase. Elle contient, elle, quelque chose de bien réel et facile à imaginer. Ce langage digital permet des descriptions précises, exactes, en rapport avec le savoir scientifique de l’anatomie, la physiologie, l’hormonologie, les neurosciences pour un traitement tenant compte de tous ces savoirs. Un traitement digital précis, rigoureux, dosé, évaluable et partageable. Une dose de médicament, une stimulation électrique, un acte de chirurgie. Autant de stratégies puissantes et efficaces, mais pas pour cet homme qui souffre de sa gorge depuis douze ans et qui est ici et maintenant avec moi.

Que veut dire passer en mode « imaginaire » ? C’est un mode qui nous permet de transmettre ce que nous vivons, ressentons, souhaitons, craignons par des images. Le mieux est d’utiliser un exemple. Lorsque j’utilise un exemple, je suis immédiatement dans ce mode analogique. Je rentre dans une pâtisserie. Je peux me dire que j’ai envie de 120 grammes de farine cuite à 60 degrés pendant une heure, mélangée à 17 grammes de jaune d’œuf et 6 grammes de sucre... Ou, en ressentant ce qui se passe dans ma bouche, dans mon ventre, observer que mon esprit a fabriqué l’image d’un gâteau au chocolat. Le plus habituellement, nous fonctionnons en mode analogique et nous passons en mode digital lorsque nous voulons décrire rationnellement un phénomène et en permettre l’analyse. Ou pour écrire une recette de cuisine.

Activer le mode imaginaire, c’est activer ce que chacun sait le mieux faire et permettre l’observation interne la plus précise qui soit. C’est venir au plus proche de ce qui existe dans le monde intérieur. Ceci met en œuvre des processus extrêmement complexes qui activent des niveaux de ressources naturelles présentes chez chacun d’entre nous. Des ressources qui permettent de changer ce qui se passe à l’intérieur de nous, d’une manière difficile à analyser. Ces ressources dites inconscientes qu’ Erickson activait, amplifiait dans l’hypnose. Un inconscient décrit comme un immense magasin de ressources. Ce sont ces mêmes ressources qui nous permettent à chaque instant, chaque jour, de « guérir » de douleurs, de perturbations émotionnelles, de dysfonctionnements organiques. Ces ressources qui semblent plus faciles à activer en transe hypnotique.

LA RÉIFICATION EN THÉRAPIE

Alors, entrons dans mon atelier thérapeutique. Dans le coin « douleur chronique », l’outil le plus brillant, le plus poli par de longues heures d’utilisation est la réification. C’est en effet celui que j’utilise de manière préférentielle comme première technique hypnotique avec la plupart de ces patients qui souffrent depuis longtemps, fatigués par les échecs, rigidifiés par cette sensation persistante. Ils ont peu d’énergie et beaucoup de méfiance. Leur créativité est réduite au minimum, voire complètement en panne comme les patients présentant une dépression chronique. Il suffit de leur demander de colorier des mandalas1 pour se rendre compte de la pauvreté des couleurs, de la difficulté à suivre des traits simples et l’épuisement qui fait interrompre cette tâche au bout de quelques minutes. Quelles différences avec ces patients qui présentent une pathologie aiguë, une douleur aiguë, ou une dépression chaotique qui réalisent pendant des heures des chefs-d’œuvre multicolores ! Qui montrent ainsi leur disponibilité mentale et leur créativité intactes.

LA DOULEUR COMME SIGNAL D’ALARME

Cette douleur devenue chronique a d’abord connu une phase aiguë. Une douleur est un signal qui fait savoir que notre vie est en danger (petit ou grand). Voici ce qu’en disait déjà Hübner, médecin allemand, en 1794 : « La coenesthésie (sic) est obscure et faible dans la bonne santé pour que nous ne soyons pas troublés par ses mille impressions. Elle est en revanche forte dans les maladies pour que, prévenus du danger, nous soyons incités à rechercher de l’aide. » Dans cette partie du corps où nous avons traité correctement le problème - enlever le caillou de la chaussure, retirer la main du feu, stabiliser l’articulation-, le signal peut disparaître rapidement. Moins rapidement s’il y a des lésions tissulaires puisque la sécurité totale ne sera revenue que lorsque la lésion sera guérie. La douleur continue à jouer le rôle de nous signaler que nous devons poursuivre les soins. Que devons-nous penser alors de cette chronicisation de la douleur, ce signal qui n’en finit pas ? Soit la vie est toujours en danger et le signal nous invite à traiter ce danger. Faut-il alors s’autoriser à supprimer le signal ? Soit le système d’alerte est dysfonctionnel et il convient de le débrancher. Mais avec le risque de supprimer toutes les futures alertes de danger.




Dr Claude VIROT: Psychiatre. Président-fondateur de l’Institut Milton H. Erickson de Rennes-Bretagne. Directeur d’Emergences (Institut de Recherche et de Formation en Communication Thérapeutique). Représentant de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves au sein de l’European Society of Hypnosis et Président de l’International Society of Hypnosis.




Rédigé le 18/07/2018 à 15:30 | Lu 32 fois | 0 commentaire(s) modifié le 18/07/2018





Laurent GROSS
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR - IMO au Collège d'Hypnose et Thérapies... En savoir plus sur cet auteur

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