Hypnothérapie
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Peurs à l’école. Par Emmanuelle Piquet. Hors-Série Peurs et Phobies n°15 de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves


S’il est une émotion essentielle à percevoir pour permettre le déblocage de situations douloureuses pour certains enfants à l’école, c’est bien la peur.



© Maya Vincent
© Maya Vincent
La peur revêt plusieurs formes et connaît des degrés d’intensité variés, ce qui la rend parfois difficilement décelable, mais elle est très souvent l’émotion qui sous-tend nombre de blocages, d’impossibilités, d’échecs et de souffrances relationnelles en milieu scolaire. Pourtant cette peur, et c’est tout le paradoxe, est certaines fois motrice – « le trac, cela vient avec le talent », disait Sarah Bernhardt – et plus d’un élève a vécu ce stress (souvent généré par une procrastination assidue) qui fait rédiger les dernières lignes d’une dissertation décisive dans les lueurs blanches du petit matin, sécrétant l’adrénaline nécessaire à cet exploit improbable. C’est également la peur de la déception de l’adulte, de la perte d’une amitié qui fait trouver à nos enfants des stratégies créatives pour contourner dangers et souffrances. C’est notre espoir qu’ils ressentent bien la peur du vide, de la pédophilie, de la douleur qui fait que nous les emmenons confiants à l’école et ailleurs.

Accompagner les enfants que nous recevons en consultation pour les aider à apprivoiser leurs peurs et ramener ces dernières à un juste niveau lorsqu’elles deviennent génératrices de souffrances, telle est l’une de nos missions en tant que thérapeutes brefs et stratégiques du regroupement « A 180°/Chagrin scolaire » que j’ai fondé il y a douze ans en m’appuyant sur les prémisses et outils issus de l’Ecole de Palo Alto. Pour ce faire, notre stratégie s’appuie toujours sur l’idée que c’est souvent ce que nos jeunes patients (et leur entourage) mettent en oeuvre pour résoudre le problème qui non seulement ne le résout pas, mais l’aggrave, comme l’ont si brillamment formalisé les chercheurs de l’école du Mental Research Institute. Il s’agit donc de les aider à faire strictement l’inverse de ce qu’ils ont fait jusqu’à présent pour que le problème et la souffrance qui lui est associée s’atténuent. Nous appelons ça un virage à 180 degrés.

Les cas qui suivent sont tirés des livres : Comment ne pas être un prof idéal, Payot, 2017 ; et Je combats ce qui m’empêche d’apprendre, Albin Michel, 2019.
Mina : « J’ai peur de rater... et je rate... »
« Pour moi l’école s’est bien passée jusqu’à cette année de CM1. Mais là, quelques semaines après la rentrée, c’est comme si j’avais dégringolé du haut d’un très grand arbre. Je trouve que Madame Rose, la maîtresse, est sévère. Elle donne beaucoup de travail et quand elle note avec un smiley mécontent dans mon cahier d’évaluations, ça me fait comme un coup de poing dans le ventre. Et il y en a de plus en plus. Ce qui m’énerve le plus, c’est que je travaille beaucoup. Au moment des devoirs, je fais exactement ce que demande la maîtresse. Quand je fais des exercices à la maison, ils sont souvent justes au moment de la correction. Heureusement, comme ça elle se rend compte que je n’y mets pas de la mauvaise volonté. Quand c’est des leçons à apprendre, après avoir lu et m’être posé des questions à moi-même, je demande à maman de me faire réciter. Et là elle me dit souvent : “bravo Mina, c’est bien”. Donc je suis rassurée et je me dis que tout va bien se passer. Sauf que je me le dis de moins en moins souvent, parce que le lendemain tout se passe mal s’il y a des contrôles. Mon coeur se met à battre vite, j’ai comme un voile qui tombe devant les yeux. Je me dis : “Mina, arrête de stresser, tu sais les réponses.” J’essaie de respirer par le ventre comme nous a appris l’infirmière. J’essaie de tenir fort mon stylo et je me retiens pour pas pleurer parce que rien ne vient. C’est comme si j’avais un trou noir à la place du cerveau. J’essaie de me souvenir mais je n’y arrive pas. Donc j’abandonne, et souvent je mets ma tête dans mes mains pour pas que les autres me voient pleurer.

- Ça doit être vraiment très pénible, Mina. Essayons de donner une forme à ton stress, si tu veux bien, parce que je crois que nous allons devoir lui parler.

- Je dirais que c’est une boule noire, avec des piques qui se transforment en tentacules au moment des évaluations qui montent jusqu’à mon cerveau au moment où je cherche des réponses : c’est elles qui font que tout est noir.

- Excellente description, ça me fait un peu peur à moi aussi ! Et à ton avis, Mina, que te dit-elle cette boule ? Quel est le message qu’elle essaie de te faire passer ?

- Je ne sais pas.

- Je crois qu’elle te dit : “tu as toutes les raisons de me ressentir, Mina, parce que tu loupes sans arrêt tes évaluations, donc c’est normal que moi, ta boule de stress, je sois là. Ecoute-moi, écoute-moi. » Et toi, qu’est-ce que tu fais quand elle te dit ça au moment des évaluations ?

- Je lui dis de partir. Je bouche mes oreilles. Je fais comme si elle n’était pas là.

- Ça marche ?

- Non.

- Non, ça la rend encore plus hurlante et tentaculaire. Donc on va lui laisser une place. Comme si tu la prenais sur tes genoux et que tu la caressais comme un chat, ça ne va vraiment pas être facile. Mais si tu fais ça, elle se dira, ça y est Mina a compris que j’étais là et qu’il fallait qu’elle m’écoute. Donc :

- Dix minutes avant chaque évaluation, tu la fais venir et tu lui demandes de déployer ses tentacules en pensant au fait que tu vas sûrement rater cette évaluation. Il se peut qu’elle se méfie et qu’elle ne le fasse pas exactement aussi fort que d’habitude, donc tu insistes. Si elle ne vient pas, ce n’est pas grave, elle saura qu’il y a une place pour elle à l’intérieur de toi.

- Au moment de l’évaluation, dès qu’elle arrive, tu la laisses s’installer confortablement : ça veut dire que si tu n’arrives pas à répondre à la première question, tu retournes ta feuille et tu n’essaies pas de te souvenir. Tu fais comme si tu lui obéissais : donc tu fais des dessins, d’elle, ou de fleurs, ou de têtes de mort. Tu fais ça trois minutes. Et puis tu essaies à nouveau de répondre, mais si la boule refuse l’accès à ton cerveau, tu te remets à dessiner. Et ainsi de suite. Tu la laisses décider. C’est la seule façon de l’amadouer.

- Mais si elle me laisse pas l’accès à mon cerveau ?

- Eh bien tu auras une aussi mauvaise évaluation que d’habitude. Mais d’après ce que tu me décris, c’est une boule du type Chatoya Triptyque, elle est relativement facile à amadouer par une stratégie si cette dernière emprunte la bonne direction. Donc, à mon avis, si tu fais ça pendant dix évaluations, elle va finir par se transformer en chaton. Mais il faudra bien ce temps-là pour l’apprivoiser... » Mina m’a envoyé un dessin de sa boule Chatoya Triptyque une semaine plus tard. Elle avait écrit dessus : « Elle est minuscule, merci. » Dans ce cas précis, comme dans de nombreuses situations enfantines, ce sont les symptômes de la peur que Mina tentait vainement de contrôler en essayant par tous les moyens de les contenir, au moment des évaluations notamment. Le virage à 180 degrés a consisté à les faire venir volontairement au moment le plus problématique. Ce que les penseurs de Palo Alto appelaient la « prescription de symptômes ».

Tom : « J’ai peur de ce que pourrait dire la maîtresse »
- « Maman et la maîtresse disent que j’ai perdu confiance en moi parce que je n’ai plus envie de répondre à l’oral, de faire des exposés ou des poésies. Je préfère me concentrer sur l’écrit.

- Et à qui ça pose problème ?

- A la maîtresse et du coup à maman. Elles disent que c’est important de s’exprimer. Ça commence à énerver la maîtresse.

- Et toi, ça t’embête ? Il est handicapant ce stress, ou bien c’est plutôt un copain qui te protège ?

- Les deux, je crois. Tom réfléchit... Il m’embête parce qu’il est toujours là lorsque je suis en classe : à n’importe quel moment la maîtresse peut me poser une question, donc je suis toujours aux aguets, j’ai mal au ventre, c’est pénible. Mais il me protège aussi parce que grâce à lui, justement, je ne passe pas à l’oral. Je suis tellement mal quand la maîtresse m’interroge, qu’elle n’insiste pas. Et ça, on peut dire que c’est grâce au stress.

- Oui, donc il ne faut peut-être pas trop y toucher alors : il te rappelle que passer à l’oral, c’est dangereux, et s’il le fait c’est qu’il ne faut peut-être vraiment pas y aller.

- ...

- En fait, la seule chose que je trouve ennuyeuse, c’est que ce soit lui, ton stress, qui décide seul à ta place. Ce que je peux te proposer, c’est t’aider à ce que ton stress diminue ; surtout pas à zéro, évidemment, sinon ce serait dangereux, il ne te protègerait plus, mais à 3-4 sur 10, tu vois. Comme ça ton cerveau décidera aussi s’il est judicieux ou non de développer tes compétences à l’oral. Parce qu’à mon avis pour l’instant ton cerveau, au moment des exercices oraux, tu n’y as pas trop accès, c’est comme si le stress bouchait toute l’entrée.

- Oui, c’est ça.

- Mais pour t’aider, j’ai besoin de comprendre ce qui te fait vraiment peur.

- Que la maîtresse se mette en colère ou qu’elle se moque de moi.

- En effet, c’est angoissant. Elle l’a déjà fait ?

- ... Oui... mais il y a longtemps, quand c’était ma maîtresse de CE1. Alors lorsque j’ai su que je l’aurais en CM2, je me suis mis à être mal... Je me suis souvenu de tout et depuis c’est comme si je ne pouvais plus parler devant elle, ça me fait trop peur.

- Il y a trois ans, donc. Tu étais petit, mais tu t’en souviens quand-même, ça veut dire que tu as été vraiment mal à ce moment-là. Que s’est-il passé ?

- C’était la dernière semaine de l’école. On faisait une leçon sur les oiseaux. La maîtresse donnait des noms et on devait dire à quoi ils ressemblaient. J’en connaissais aucun, alors ça m’embêtait et puis la maîtresse a dit : “la bécasse”. Et là j’ai été trop content parce que là, je connaissais la réponse. J’ai dit : “c’est une blonde”. (Parce que mon grand frère il dit ça de ma soeur : “quelle bécasse, une vraie blonde !”.) Et là notre Atsem, Viviane, a éclaté de rire, les autres élèves aussi, tout le monde se moquait de moi et de la maîtresse aussi, et c’était ça le plus horrible. Elle était vraiment pas contente, elle m’a dit : “Tom, tes bêtises tu les gardes pour la maison où visiblement on aime bien les très mauvaises blagues”. Et elle a demandé à Viviane d’aller ricaner dehors parce qu’elle pouvait plus s’arrêter. Viviane est partie pliée en deux en disant : “je suis désolée, je suis désolée”. Je n’ai compris qu’en rentrant à la maison ce qui s’était passé, quand je l’ai expliqué à papa et maman.

- Ne me dis pas que ta maîtresse est blonde ?

- Si.

- Aïe ! Donc tu as vraiment eu une expérience un peu traumatisante, c’est logique que tu aies peur.

- Ensuite en CE2 et CM1, je n’osais pas la regarder dans la cour, j’ai passé mon temps à l’éviter.

- Je comprends à quel point c’est difficile. Quand tu étais petit, tu as passé une très mauvaise journée lorsque la maîtresse s’est (logiquement) énervée. Et évidemment, tu n’as pas envie que ça se reproduise, c’est pour ça que tu es bloqué à l’oral depuis la rentrée. Mais j’ai bien peur qu’en continuant à éviter la maîtresse le plus possible, en ne répondant pas à ses questions, par exemple, ou en refusant de passer à l’oral, tu fasses qu’elle s’énerve vraiment contre toi dans les jours ou semaines qui viennent. Ce serait évidemment horrible. Pour éviter ça, il faudrait donc qu’on fasse quelque chose de différent. Parce que c’est un problème qui te fait dépenser beaucoup d’énergie pour très peu de résultat. Je pense que si tu expliquais à la maîtresse les raisons de ton blocage, ton problème serait résolu à 80 %. Ça ne signifie pas que ce serait une garantie absolue qu’elle ne s’énerve pas contre toi un jour, mais ça limiterait beaucoup plus les risques que ta stratégie actuelle.

- Je ne pourrai pas. Je n’arrive même pas à la regarder.

- Tu pourrais lui écrire. En précisant justement que tu n’arrives pas à lui dire tout ça.

- Ça fait peur.

- Très. Elle pourrait crier le lendemain devant toute la classe en te disputant de lui avoir écrit ?

- Non.

- Elle pourrait ne plus jamais te parler ?

- Non.

- Elle pourrait te dire : “Tom, franchement, j’aurais préféré oublier ce moment très pénible et voilà que tu me le rappelles” ?

- Oui.

- Et tu lui répondrais quoi ?

- Je voulais vous expliquer pourquoi j’étais bloqué à l’oral. Je suis désolé si je vous ai à nouveau énervée.

- Parfait. » La maîtresse a remercié Tom pour sa lettre. Elle lui a expliqué que le jour de la bécasse, elle venait de se disputer avec Viviane et que c’était surtout ça le problème. Mais qu’elle racontait souvent à ses amis cette histoire parce que c’était une des plus drôles qu’elle avait vécues dans sa carrière. Elle a présenté ses excuses à Tom de ne pas lui avoir expliqué ça à la rentrée de CE2. Tom a enfin pu monter sur l’estrade pour présenter (doucement) sa récitation. Dans le cas de Tom, la peur l’empêchait ne serait-ce que d’envisager affronter la maîtresse ne serait-ce que visuellement. Mais ce refus de l’affrontement alimentait en quelque sorte la peur et la transformait en blocage. Affronter ce qui le terrifiait (en passant par l’écrit dans un premier temps) a constitué le virage à 180 degrés qu’il a accepté d’emprunter courageusement.

Alysée et les misogynes


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EMMANUELLE PIQUET

Thérapeute formée à la thérapie brève stratégique selon l’Ecole de Palo Alto. Elle a spécifiquement modélisé, d’après les prémisses de cette école, une manière d’apaiser de manière durable les souffrances en milieu scolaire. Elle est considérée dans toute l’Europe francophone comme une spécialiste de l’Ecole de Palo Alto au sujet de laquelle elle a publié dix ouvrages qui font référence. Elevée au grade de chevalier dans l’Ordre du Mérite, par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, en mars 2019, pour ses travaux en matière de lutte contre le harcèlement en milieu scolaire.




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Cet ouvrage de 228 pages permet de comprendre les contextes relationnels favorisant les peurs et les phobies. « Le thérapeute, souligne Julien Betbèze, rédacteur en chef, est invité à découvrir une clinique fine qui passe par la différenciation entre trauma et situation angoissante, entre angoisse d’anticipation sans trauma et angoisse d’anticipation post-traumatique. » Vera Likaj, coordinatrice de l’ouvrage, a pensé ce numéro dans une approche plurielle et collaborative : des outils différents, des sensibilités uniques dans des cliniques parfois bien singulières revisitant la peur avec des lunettes culturelles chaque fois nouvelles. 
« J’invite le lecteur, nous dit-elle, à parcourir les articles avec l’œil de l’anthropologue, curieux et discret, s’émerveillant des différences qui viennent nourrir toutes nos rencontres thérapeutiques. »

Au sommaire : 
- Editorial : Peurs et phobies. L’hypnose comme levier de changement. Julien Betbèze
- Editorial : Et l’insouciance dans tout ça ? Vera Likaj
- Peurs traumatiques, peurs anticipatoires. Eric Bardot
- Peurs et risques psychosociaux au travail. Maxime Bellego
- Phobies. Et autres peurs ancrées. Jean-Marc Benhaiem
- Angoisse et hypnose en gériatrie. Jérôme Bocquet
- La peur de soi dans le processus de guérison. Pascale Chami
- La contrainte comme levier de changement ? Olivier Cottencin
- Croyances et anxiété. Yves Doutrelugne
- Faire corps avec la peur. La clinique de l’étrange. Nathalie Lampole
- Du lâche au héros. Revenir doucement à soi-même. Vera Likaj
- La peur de la peur. Retrouver des sensations qui nous guident. Emmanuel Malphettes
- Thérapie brève des phobies. Courtes réflexions. Dominique Megglé
- Peurs à l’école. Emmanuelle Piquet
- L’hypnose, un outil de gestion des phobies. Que nous apprend la recherche ? Audrey Vanhaudenhuyse et Marie-Elisabeth Faymonville
- Addictions et anxiété. David Vergriete


Tous les Hors-Séries de la Revue sont commandables sur le site www.hypnose-therapie-breve.org



Rédigé le 26/04/2022 à 20:48 | Lu 3005 fois | 0 commentaire(s) modifié le 26/04/2022





Sophie Tournouër, Psychologue clinicienne, Hypnothérapeute et Thérapeute Familiale. praticienne... En savoir plus sur cet auteur

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