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Faire corps avec la peur : La clinique de l’étrange. Hors-Série Peurs et Phobies n°15 de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves


Aucune expression n’est plus adaptée à l’accompagnement de personnes avec autisme, que ce que Vera Likaj nomme « la clinique de l’étrange ».
Nathalie LAMPOLE



© Maya Vincent
© Maya Vincent
Etrange, effectivement, quand notre vis-à-vis n’a pas (ou a peu) de mots pour partager son vécu, ses désirs, ses difficultés ou formuler des demandes. Qu’il ne se dise pas ne signifie pas qu’il ne pense pas ou ne ressent pas. Ses silences, ses regards, sa gestuelle, tout son non-verbal se posera devant nous, comme un livre que nous prendrons le temps de feuilleter, comme un journaliste curieux (1). Notre présence bienveillante signifiera simplement : « ce que tu vis m’intéresse » et nous irons plus loin, ensemble. Plus étrange encore quand ces attitudes surprenantes nous laissent deviner une particularité intellectuelle qu’aucun test n’a pu préciser et dont nous ne savons pas s’il y a une déficience ou si faute d’avoir été stimulée adéquatement, l’intelligence n’a pas encore été complètement développée.

Etrange donc, cette clinique sans aucun lien, ni écho, avec ce que nous aurions personnellement vécu, ressenti, exploré, exprimé ou même imaginé... Une rencontre où la position basse est favorisée, puisque nous n’y connaissons rien. Les rênes sont entre les mains de celui que nous accompagnons. Nous le questionnerons encore et encore, pour y voir plus clair, pour entrer dans son monde, voir ensemble et cheminer. La clinique de l’étrange est donc la clinique du défi : ne tenir aucun compte de ce que nous croyons savoir, mais bien côtoyer dans des méandres inconnus celui qui est en difficulté, pour l’accompagner vers la solution dont il est acteur.

Des lentilles de contact

Autrefois jugées comme des enfants capricieux à qui il aurait fallu serrer la vis pour qu’ils se comportent bien, nous savons aujourd’hui que les personnes avec autisme perçoivent différemment le monde qui les entoure. Ces particularités perceptives sont invisibles, un peu comme si elles avaient des lentilles de contact extrêmement discrètes leur donnant une vision singulière du monde. L’enfant autiste, pour des questions de connexions neurologiques, n’a pas vécu spontanément le processus mimétique d’accordage avec sa mère. Il n’a pas eu plaisir à l’imitation, n’a pas trouvé de chemin pour être conduit dans ses apprentissages. En autodidacte absolu, il construit sa relation aux autres et au monde par essais/erreurs, confronté à une multiplicité d’expériences dont certains éléments lui échappent. Pour lui, sans lien précis entre un acte et ses conséquences, la prévisibilité n’existe pas. Dès l’instant où ses expériences sont douloureuses et qu’un danger n’est pas anticipé, il connaît la peur. Il vit la peur. Il est la peur. Une peur qu’il ne peut définir ou nommer, puisqu’ici encore il n’a pas de référentiel qui lui permette de comprendre ce qu’il expérimente. De plus, il n’est pas en capacité de verbaliser et ne peut confronter ce qu’il éprouve avec ce que pourrait saisir, expliquer ou partager son entourage. La relation à l’autre est souvent fragile et lui semble potentiellement dangereuse. Le monde lui apparaît incontrôlable, incertain.

Les personnes avec autisme ont, par défaut, une vision morcelée de leur environnement, ce qui les amène à s’intéresser à des détails infimes, à faire des associations d’idées parfois inappropriées et à poursuivre des buts inédits, à avoir un rapport au temps et à l’espace qui nous échappe. Elles peuvent éprouver des perturbations sensorielles (leur prévalence actuelle est évaluée de 42 à 96 %, en fonction de l’âge) qui provoquent une satu - ration d’informations sensorielles et génèrent une peur envahissante amenant souvent au repli. Rapidement, la peur de la peur s’installe.

Tenir en équilibre dans un monde chaotique

Les personnes avec autisme éprouvent le besoin de visualiser précisément et d’analyser de manière rigoureuse les choses pour se les approprier. Percevoir, comprendre et évoquer ses ressentis sont donc des difficultés saillantes qui impactent leur équilibre personnel et leurs relations sociales. Nous pouvons lire dans ces propos de Temple Grandin combien l’émotion est compliquée : « Je voulais connaître le plaisir de l’étreinte, mais je reculais toujours. Un raz de marée de sensations déferlait et je réagissais comme un animal sauvage » (2). Bien qu’elle parle d’un désir positif, elle est submergée et ne parvient pas à gérer ce qui lui arrive. Qu’imaginer quand il s’agit de peur ? Pour ne plus ressentir la peur qui est viscéralement présente, la per - sonne avec autisme va se protéger de ce qu’elle considère dangereux, sans que nous ne puissions pas forcément en deviner la cause : - Le bruit d’une tondeuse faisait déguerpir Julien, alors qu’il acceptait celui de la foreuse qu’il pouvait voir, entendre de près et concevoir qu’elle était inoffensive.

- Antony attaquait tous les barbus. L’équipe, en se réunissant, se souvint que ça avait commencé quand Thomas l’avait puni. Thomas était barbu. Antony, à défaut de comprendre la sanction, avait associé sa peur au souvenir du visage barbu.
- Au bowling, Maximilien avait réussi à geler toute expression de peur face à cette surexposition de lumières, d’odeurs et de bruits. Il “se tenait bien”. Dès lors, son entourage n’a rien compris quand, arrivé chez lui, il a explosé en violences inédites.
Quand les émotions partent en vrille, fuir, attaquer ou se figer sont des tentatives de solutions pour survivre. Elles ont de lourdes conséquences ; non seulement le but recherché n’est pas atteint, puisque le lien entre l’agresseur supposé et la peur est souvent inadéquat ; mais aussi parce que ces com - portements de fuite, d’agression ou de colère différée seront jugés inacceptables et corrigés. En plus d’avoir eu peur, la personne sera sanctionnée, ce qui confirmera son impression que les dangers surgissent de n’importe où et n’importe quand. Sa relation à l’autre en sera encore plus affectée.
Une autre tendance, très évidente pour qui est familier des personnes avec autisme, est leur désir de vouloir tout contrôler, de se donner ainsi l’illusion de prévisibilité et de sécurité. Entrer dans ce système ne fait que renforcer l’utopie qu’il est possible de tout gérer et sclérose un univers qui va devenir de plus en plus statique et générateur d’angoisses, puisque la vie réserve toujours des imprévus.

Comme Bateson et le journaliste curieux

« Nous oublions que l’interrogation est porteuse d’ouverture pour le coeur et l’esprit, alors que le point d’exclamation est une fin en soi. » Bertrand Piccard Les tentatives de solutions que nous venons d’évoquer nous révèlent là où le bât blesse. Pourquoi une personne mobiliserait-elle ses ressources à un tel point, s’il n’y avait à l’origine un besoin essentiel à son équilibre ? Tout ceci a du sens pour elle. Gregory Bateson nous invite à reconnaître et accueillir les comportements. Cette démarche inédite (qui est à l’opposé d’une façon laxiste de laisser faire, pour fuir la difficulté) va être l’occasion d’engager une relation dans laquelle la personne peut se révéler. En n’utilisant pas de moyen coercitif, nous lui laissons la parole. C’est un fameux virage pour elle qui est plus habituée à la défaite par KO ! Se sentant reconnue, la personne éprouvera une émotion nouvelle par laquelle elle pourra concevoir qu’il existe des relations sécures qu’elle aura tout naturellement envie de retrouver.
Puisque la personne est non verbale, nous démarrerons le travail d’observation fonctionnelle, de recoupages entre collègues, de triangulation avec la famille, d’observation de contextes, de situer les avant-après... qui permettra en journaliste curieux de tenter d’y voir plus clair. Des hypothèses en sortiront et seront testées par ses réactions : soit elle les validera et le travail se poursuivra confirmé par son bien-être apparent, soit ses réactions indiqueront que nous faisons fausse route et nous stopperons la démarche. Au cours de ce processus, tout sera verbalisé et quand nous semblerons nous rejoindre, nous nommerons le besoin rencontré.

Inès était violente. Nous avions remarqué un paroxysme lors des déplacements. L’angoisse pouvait monter au point que ses manifestations d’opposition entraînent plusieurs arrêts de travail parmi les collègues qui cherchaient à la canaliser. Plus personne ne souhaitait s’en occuper, elle était souvent tenue à l’écart ou punie. Après l’avoir observée, il m’a semblé qu’elle se sentait agressée par le bruit et ne parvenait pas à gérer cet afflux stressant. Je lui ai donc proposé de rejoindre la récréation, en quittant le local quand il y avait peu de jeunes dans les couloirs et en se couvrant les oreilles grâce à sa capuche pour atténuer les sons. Elle s’est rapidement montrée apaisée par ces solutions. Son approbation a été le début d’un minimal change, qui lui a permis de traverser ses peurs en étant accompagnée d’un adulte sécurisant.

Tel un professeur d’alpinisme

La personne avec autisme est envahie par les peurs que nous venons d’exprimer : qu’il s’agisse de cet « autre » qui ne la comprend pas ou du déferlement d’événements qui lui paraissent imprévisibles et auxquels elle ne peut faire face. Elle a besoin de prendre appui librement sur quelqu’un pour les traverser en se sentant en sécurité. Nous pourrions dès lors comparer notre accompagnement à ce que propose un professeur d’escalade : il permet à son élève de se déplacer sur des parois abruptes et de franchir des sommets, en lui montrant comment augmenter son équilibre, comment assurer ses appuis, comment observer son environ - nement pour éviter les mauvais itinéraires. Il ne le fait pas à sa place, il chemine avec lui pour qu’au fur et à mesure des expériences vécues, l’élève prenne confiance en ses pas et que l’aide se réduise. Notre rôle est juste d’être là, attentif à ce qui se vit. Pascaline cherchait toujours à fuguer. Un jour où sa tentative faillit aboutir, je m’en aperçus juste à temps pour la rattraper. Elle se rua alors sur moi, m’étreint et me tira les cheveux avec une force redoutable. Sa joue était calée sur ma joue et ses bras si crispés me bloquaient totalement, il m’était impossible de me dégager.

Je pris le parti de ralentir ma respiration, de verbaliser doucement ce que nous vivions en nommant le chaos dans lequel nous étions toutes deux unies et de tenir à une voix basse des propos paisibles. Quand elle finit par se calmer et me libérer, je restais près d’elle et l’embrassais. J’exprimais ce qui était acté : je pouvais comprendre que l’émotion la submerge et je l’aimais même dans ce cas-là. L’attitude que j’ai adoptée lui a permis de ressentir qu’elle était entendue, que ce qu’elle « disait » était reçu, qu’elle n’était ni folle, ni capricieuse, ni méchante. Elle vivait une expérience importante pour laquelle elle pouvait être accompagnée et j’étais prête à le faire.

Sens dessus dessous ?

« On ne demande pas à un boiteux de danser. » Julos Beaucarne Pendant des siècles, les personnes malentendantes ont été traitées comme des attardés mentaux, jusqu’à ce qu’on réalise que la privation sensorielle venait uniquement altérer leur mode d’expression, non pas leur intelligence, et que grâce à des moyens adaptés elles pouvaient accéder à une vie normale. Les particularités sensorielles sont plus fréquentes dans l’autisme que dans tout autre trouble (3) et font partie des critères diagnostiques. La personne avec autisme cherchant sans cesse à apprendre pourra s’habituer à certains désagréments sensoriels ou acceptera des adaptations simples, qui améliorent sa qualité de vie. Tout n’est pas modifiable et le sujet est si vaste qu’il mérite, à lui seul, beaucoup d’explications. Nous n’aborderons ici que l’idée qu’un souvenir sensoriel désagréable puisse avoir généré une angoisse telle que la personne n’est pas capable d’y faire face seule.

Inès refusait de manger à table avec les autres jeunes : le cliquetis des couverts, le brouhaha des chaises qu’on déplace, la proximité des autres jeunes, les odeurs, les perceptions tactiles, les bruits de mastication et de déglutition, etc., tout venait s’engouffrer et elle ne parvenait à gérer cet envahissement qu’en se couvrant les oreilles et en fuyant. Dans un premier temps, nous avons donc accepté qu’elle mange à l’écart, seule sur une table, et qu’elle quitte la table comme elle le souhaitait (elle s’esquivait dès que possible, comme si elle avait le diable aux trousses !). Puis nous avons allongé le temps à table de cinq minutes, puis quinze jours plus tard de dix. Petit à petit et en fonction de son apaisement, nous avons aussi rapproché sa table de celle des autres jeunes, sans forcer. Ce travail de fourmi a permis à Inès de traverser sa peur et d’apprivoiser une situation qu’elle s’était sentie incapable d’aborder. Parce que leur rapport aux notions temporelles est altéré, les personnes avec autisme ont besoin de plus de temps pour comprendre et ensuite de plus de temps pour agir. Ce temps de latence peut nous paraître anormalement long, mais est indispensable pour qu’elles puissent agir de leur propre chef et construire leur chemin de réussite.

Créer l’expérience correctrice
Habituée à l’échec,

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NATHALIE LAMPOLE

Après quatre ans passés à Madagascar, elle se voit confier une classe de jeunes autistes déficients intellectuels sévères. La rencontre est passionnante et c’est un défi pour lequel elle s’équipe en se formant en thérapies brèves à l’Espace du Possible à Chercq (Tournai), puis à la faculté Warembourg à Lille et à l’Université libre de Bruxelles. Aujourd’hui formatrice, elle accompagne toujours des jeunes autistes

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Cet ouvrage de 228 pages permet de comprendre les contextes relationnels favorisant les peurs et les phobies. « Le thérapeute, souligne Julien Betbèze, rédacteur en chef, est invité à découvrir une clinique fine qui passe par la différenciation entre trauma et situation angoissante, entre angoisse d’anticipation sans trauma et angoisse d’anticipation post-traumatique. » Vera Likaj, coordinatrice de l’ouvrage, a pensé ce numéro dans une approche plurielle et collaborative : des outils différents, des sensibilités uniques dans des cliniques parfois bien singulières revisitant la peur avec des lunettes culturelles chaque fois nouvelles. 
« J’invite le lecteur, nous dit-elle, à parcourir les articles avec l’œil de l’anthropologue, curieux et discret, s’émerveillant des différences qui viennent nourrir toutes nos rencontres thérapeutiques. »

Au sommaire : 
- Editorial : Peurs et phobies. L’hypnose comme levier de changement. Julien Betbèze
- Editorial : Et l’insouciance dans tout ça ? Vera Likaj
- Peurs traumatiques, peurs anticipatoires. Eric Bardot
- Peurs et risques psychosociaux au travail. Maxime Bellego
- Phobies. Et autres peurs ancrées. Jean-Marc Benhaiem
- Angoisse et hypnose en gériatrie. Jérôme Bocquet
- La peur de soi dans le processus de guérison. Pascale Chami
- La contrainte comme levier de changement ? Olivier Cottencin
- Croyances et anxiété. Yves Doutrelugne
- Faire corps avec la peur. La clinique de l’étrange. Nathalie Lampole
- Du lâche au héros. Revenir doucement à soi-même. Vera Likaj
- La peur de la peur. Retrouver des sensations qui nous guident. Emmanuel Malphettes
- Thérapie brève des phobies. Courtes réflexions. Dominique Megglé
- Peurs à l’école. Emmanuelle Piquet
- L’hypnose, un outil de gestion des phobies. Que nous apprend la recherche ? Audrey Vanhaudenhuyse et Marie-Elisabeth Faymonville
- Addictions et anxiété. David Vergriete


Tous les Hors-Séries de la Revue sont commandables sur le site www.hypnose-therapie-breve.org



Rédigé le 23/04/2022 à 21:32 | Lu 2912 fois | 0 commentaire(s) modifié le 26/04/2022





Sophie Tournouër, Psychologue clinicienne, Hypnothérapeute et Thérapeute Familiale. praticienne... En savoir plus sur cet auteur

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