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Angoisse et hypnose en gériatrie. Dr Jérôme Bocquet. Hors-Série Peurs et Phobies n°15 de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves




© Maya Vincent
© Maya Vincent
Le phénomène d’angoisse en particulier sous forme de phobie existe autant en gériatrie que chez des sujets jeunes. Il peut s’agir d’angoisse généralisée ou de phobies plus spécifiques, en particulier dans le syndrome « post-chute », comme nous le verrons dans un cas clinique. Le recours aux techniques hypnotiques et thérapies brèves devient toujours très utile dans ces situations.

La plainte anxieuse ou dépressive est fréquente auprès des patients que je vois dans leur Ehpad. J’exerce depuis une quinzaine d’années en libéral, pour moitié en institutions gériatriques. Le recrutement de ce type d’institutions m’a permis de constater au fur et à mesure des années que les Ehpad accueillent davantage le phénomène de dépendance plus qu’ils ne répondent au besoin d’hébergement. Je dis parfois même que ce sont devenus des cliniques du comportement, en raison de la forte prévalence des patients atteints de démences à des stades sévères, alors que les résidents indemnes de troubles cognitifs sont rares. Dans ce contexte, la plainte du résident comme celle des soignants sont omniprésentes, teintées de tonalité dépressive et anxieuse. Il s’avère souvent compliqué de faire la part entre une plainte adaptée en raison d’un établissement dans lequel les dysfonctionnements institutionnels sont fréquents, et la véritable plainte psychiatrique au sens diagnostic du terme.

Mon rôle bien souvent est celui d’être prescripteur, face à des troubles psychiques et comportementaux divers, ceux qui perturbent le sujet, ceux qui perturbent la prise en soin par l’institution. La demande de soin émane plus souvent de l’institution que du patient, peu habitué dans son éducation et sa génération à faire appel au psychiatre, le « médecin des fous ». Question d’époque sans doute... Aussi des troubles préexistants se sont bien souvent amplifiés avec le temps, sans traitement, au cours d’une évolution constante de la pathologie non soignée, et par la conjugaison de difficultés cognitives qui les rendent complexes à accompagner. Une véritable mise en place de thérapie au sens de la psychothérapie « conventionnelle » m’est impossible pour de multiples raisons, le temps disponible en premier lieu, compte tenu d’une demande massive de suivis. Mais il s’agit d’accompagner, peu importe finalement l’intervalle entre deux entrevues avec ces patients, pour lesquels la notion de temps a régulièrement perdu toute signification, du fait de leur désorientation temporelle et spatiale. Quant au patient lui-même, appartenant à ces générations où la « toute-puissance médicale » passe la plupart du temps par la prescription « DU médicament », l’absence de thérapie formelle lui convient.

Et l’hypnose dans tout cela ? J’évoque là l’absence de demande, la prescription médicamenteuse, les troubles parfois si sévères que le simple échange verbal est impossible : quelle place pour l’hypnose, que fait le praticien, où est la relation ?

La première étape de la prise en soin est celle de l’installation de l’alliance dite thérapeutique. On pourrait simplement parler ici de « rencontre », humaine, plus humble, plus « position basse », sans attente particulière de la part du thérapeute. Je suis régulièrement surpris par la réaction de mes patients d’Ehpad : malgré une mémoire et un jugement très altérés, ils me reconnaissent après une ou deux entrevues (alors que moi-même il me faut au moins trois entrevues pour me rappeler un visage...). Certes, ils ne me reconnaissent pas nécessairement dans ma fonction de psychiatre, intervenant extérieur à l’établissement, mais ils se souviennent de la relation : le langage et le non-verbal hypnotique ont ici toute leur place. Créer un espace où leur plainte est entendue et ratifiée, accueillie comme elle doit l’être, simplement, validée par un individu autre que soi, par une écoute « enveloppante » et rassurante : une présence, un sourire, un regard, une poignée de main, une caresse sur le bras, parfois une bise ou une étreinte.

Cette plainte entendue sera partagée, lorsque c’est utile, avec le personnel de l’établissement, le directeur, l’équipe soignante, avec plus ou moins de suite donnée, lorsque c’est possible, pour atténuer les difficultés. Elle n’est pas seulement entendue et acceptée, mais transmise égale - ment, ce qui fait de moi un trouble-fête dans les établissements. La reconnaissance (au sens propre) dont le patient témoigne repose essentiellement sur un langage et une communication adaptés, issus des techniques hypnotiques. La mise en place de l’alliance reste fondamentale auprès de ces sujets. Leur statut identitaire, en Ehpad, demeure bien souvent compromis : inutiles sauf à eux-mêmes, hors de « la vie » du fait de l’institutionnalisation, ne voyant que trop peu leurs proches familiaux ou amicaux avec lesquels les liens se sont délités suite à leur institutionnalisation, mis à la retraite comme on met « de côté », voire comme on met « aux rebuts ». Redonner une place au sujet dans sa propre existence et celle de l’autre, que je représente, amène a minima une reprise des rênes de leur vie. Identifier les phobies spécifiques au sujet âgé est d’une part une tâche complexe. Il existe tant de facteurs générateurs de troubles anxieux au sein de la population vieillissante qu’il est rare d’établir un diagnostic spécifique de phobie classique dans cette catégorie de population.

D’autre part, la plainte est dans le monde occidental, particulièrement européen, un sujet central, presque valorisant, identitaire. Les vieilles conceptions médicales, dont ces générations ont connu la grande heure, mettent en avant la plainte et la recette magique souvent médicamenteuse du médecin, grand sachant et tout puissant face à la maladie. C’est probablement encore plus vrai dans le cadre de la psychiatrie : l’avènement de la pharmacologie psychiatrique apparaît très récemment dans l’histoire médicale, avec l’émergence dans les années 1950-1960 des premiers psychotropes, comme remèdes magiques face au mal-être. Il est donc assez fréquent que lorsque le sujet âgé demande une solution, il attende un médicament. D’un point de vue psychopharmacologique et neurobiologique, j’en fais un large usage auprès de ces populations, puisque les effets thérapeutiques sont patents, mais pas uniquement... Le déficit bien connu maintenant des neurotransmetteurs dans les pathologies neurodégénératives, voit les antidépresseurs compenser souvent à bon escient la carence, bien qu’il s’agisse souvent de tableaux de « dépression résistante » nécessitant de véritables cocktails médicamenteux pour obtenir une amélioration, a fortiori pour les pathologies dégénératives aux stades avancés. Néanmoins, si le médicament permet souvent une amélioration globale de fond, il ne remplace pas les prises en soin du quotidien dans lesquelles la valeur relationnelle du soin prime.

Aussi la phobie la plus représentée et spécifique au sujet âgé que je suis amené à rencontrer est le « syndrome post-chute » : phobie de la marche survenant après une chute traumatisante, peur de reprendre la marche ralentissant ou empêchant la rééducation, par appréhension de chuter à nouveau, souvent avec la crainte de revivre les conséquences initiales (fractures diverses et leurs suites : hospitalisation en urgence, chirurgie, et aussi décision prise de l’entrée en Ehpad). Il existe un équivalent dans les rééducations à la marche post-AVC lorsque l’hémiplégie est fixée, les sujets faisant de leur mieux pour retrouver un équilibre précaire, craignant de se retrouver au sol, probablement de perdre leur dignité, leur humanité, en perdant leur station debout. Cette phobie devient parfois contagieuse, touchant les soignants (médecins, infirmières, kinésithérapeutes...), qui ont peur de voir les aînés tomber, et provoque parfois la mise en place de « contentions » sur prescription médicale, dans le but de « sécuriser » le patient. Ce dernier se retrouve parfois proprement ligoté sur un fauteuil roulant, avec l’objectif sacro-saint de « son bien-être », s’agitant pour en sortir, bien faible face au matériel utilisé...

Pierrette, un syndrome « post-chute » Comme toute phobie, celle du sujet âgé correspond à l’exacerbation d’une peur naturelle, avec une répercussion à type de handicap pour le sujet. La prise en charge d’une phobie ou d’une peur devra permettre au patient de traverser cette peur en créant une expérience correctrice, après l’avoir acceptée comme une possibilité existante de la vie. Le sujet a parfois besoin du thérapeute, parfois non. C’était le cas de Pierrette, 80 décades passées, femme habituellement très active, qui fit une chute dans la rue, pendant une époque de grands travaux dans la ville, sur un trottoir mal défini. Amenée par les pompiers aux urgences, quelques points sur le crâne, elle put rentrer à domicile. Mais ressortir de chez elle ne serait-ce que pour faire ses courses était devenu un problème, une angoisse paralysante qui la cloîtrait à domicile.

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Dr Jérôme BOCQUET

Psychiatre de l’adulte et ancien interne du CHU de Nice en médecine somatique puis psychiatrie de l’adulte, spécialisé en géronto-psychiatrie, psychopharmacologie, thérapies comportementales et cognitives, et plus récemment en hypnose et thérapies brèves. Exerce en cabinet libéral sur Nice depuis plus de quinze ans, et consacre un tiers de son temps d’exercice à un travail auprès de nos aînés dans plusieurs Ehpad du bassin niçois. Egalement formateur en hypnose pour l’Institut Orphée - Hypnosium - IMHE du Pays basque.


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Cet ouvrage de 228 pages permet de comprendre les contextes relationnels favorisant les peurs et les phobies. « Le thérapeute, souligne Julien Betbèze, rédacteur en chef, est invité à découvrir une clinique fine qui passe par la différenciation entre trauma et situation angoissante, entre angoisse d’anticipation sans trauma et angoisse d’anticipation post-traumatique. » Vera Likaj, coordinatrice de l’ouvrage, a pensé ce numéro dans une approche plurielle et collaborative : des outils différents, des sensibilités uniques dans des cliniques parfois bien singulières revisitant la peur avec des lunettes culturelles chaque fois nouvelles. 
« J’invite le lecteur, nous dit-elle, à parcourir les articles avec l’œil de l’anthropologue, curieux et discret, s’émerveillant des différences qui viennent nourrir toutes nos rencontres thérapeutiques. »

Au sommaire : 
- Editorial : Peurs et phobies. L’hypnose comme levier de changement. Julien Betbèze
- Editorial : Et l’insouciance dans tout ça ? Vera Likaj
- Peurs traumatiques, peurs anticipatoires. Eric Bardot
- Peurs et risques psychosociaux au travail. Maxime Bellego
- Phobies. Et autres peurs ancrées. Jean-Marc Benhaiem
- Angoisse et hypnose en gériatrie. Jérôme Bocquet
- La peur de soi dans le processus de guérison. Pascale Chami
- La contrainte comme levier de changement ? Olivier Cottencin
- Croyances et anxiété. Yves Doutrelugne
- Faire corps avec la peur. La clinique de l’étrange. Nathalie Lampole
- Du lâche au héros. Revenir doucement à soi-même. Vera Likaj
- La peur de la peur. Retrouver des sensations qui nous guident. Emmanuel Malphettes
- Thérapie brève des phobies. Courtes réflexions. Dominique Megglé
- Peurs à l’école. Emmanuelle Piquet
- L’hypnose, un outil de gestion des phobies. Que nous apprend la recherche ? Audrey Vanhaudenhuyse et Marie-Elisabeth Faymonville
- Addictions et anxiété. David Vergriete


Tous les Hors-Séries de la Revue sont commandables sur le site www.hypnose-therapie-breve.org




Rédigé le 13/02/2022 à 20:10 | Lu 2148 fois | 0 commentaire(s) modifié le 26/04/2022





Laurent GROSS
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR - IMO au Collège d'Hypnose et Thérapies... En savoir plus sur cet auteur

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